David Nathan Journaliste, rédacteur

12nov/09

Rencontre avec le réalisateur Costa-Gavras

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Voir les films de Costa-Gavras c’est bien, mais le rencontrer et lui poser des questions, c’est pas mal non plus. Direction le centre-ville de Montréal où le réalisateur nous attend dans la suite d’un hôtel chic, une vue majestueuse sur le Mont-Royal en guise de décor…comme aimait à le dire Frank Capra, la vie est belle !

Qu’est ce que ça représente pour vous d’être présent à Cinémania, un festival francophone en Amérique du nord ?
C’est très important pour moi. Ce festival est très particulier, je trouve qu’il a une certaine modernité, la programmation est intéressante et en plus c’est à Montréal ! Qu’un festival fasse la promotion du cinéma francophone avec des sous-titres en Anglais en plus, c’est une très bonne chose !

Est-ce que, à titre de réalisateur, vous avez ressenti une difficulté d’exporter des films en langue française ?
À l’étranger oui, mais pas au Québec. Jusqu’à présent, tous mes films sont venus ici très facilement. Mais c’est vrai qu’il a eu un frein ces derniers temps en ce qui concerne l’exportation.

Comment choisissez-vous le thème de vos films?
C’est comme ça, j’ai des choses, des idées, des envies qui traînent dans la tête et ensuite il faut trouver l’histoire, parce qu’un film, c’est avant tout une histoire. Je cherche dans des livres, et si je ne trouve pas, j’essaye d’écrire un scénario.

Et pour « Eden à l’ouest » en l’occurrence ?
Pour ce film c’est un vieux projet en fait. Étant moi-même immigré, le sujet m’intéressait particulièrement. Raconter cette relation entre un immigré et les gens qui le voient arriver dans leur pays, leur regard, comment ils l’acceptent ou comment ils ne l’acceptent pas. Montrer comment le regard change quand ils découvrent que c’est un immigré. Ce projet a traîné et puis depuis quelques années et le problème de l’immigration est devenu énorme en France ; j’ai donc décidé de faire quelque chose de plus actuel.

Comment avez-vous trouvé Riccardo Scamarcio, l’acteur principal ?
Pour vous dire la vérité, ce personnage, je l’ai cherché partout. Au départ, je voulais prendre Emile Hirsch, que j’avais vu dans le film « Into the Wild », réalisé par Sean Penn et puis j’ai vu deux films dans lesquels jouait Riccardo, « Romanzo criminal » et « Mon frère est fils unique » et je me suis dit qu’il fallait absolument que je rencontre cet acteur. Il a lu le scénario, on s’est vu et il a tout de suite dit oui.

J’ai trouvé que le film était très pessimiste, jusqu’à l’apparition de la tour Eiffel. J’ai trouvé que, finalement, c’est elle qui faisait basculer le film vers l’espoir.
Pourtant j’ai voulu faire un film optimiste, je dirai même léger et solaire malgré le drame que le personnage est en train de vivre. En fait, le film est double, il raconte à la fois son histoire mais aussi celle de notre société. J’ai essayé d’être ironique et sarcastique par moments mais je n’ai pas voulu tomber dans le drame.

On fête les 40 ans de votre film « Z », qui a été un des premiers thrillers politiques, un film très engagé. Est-ce que l’engagement au cinéma n’est pas aujourd’hui à chercher du côté des réalisateurs de documentaires ?
Oui sûrement. Je regarde beaucoup de documentaires et je trouve que les documentaristes font des films très engagés. Aujourd’hui les systèmes démocratiques permettent ça, il n’y a plus de censure, c’est en tout cas très difficile de censurer. Ajouter à cela les progrès en ce qui concerne les moyens techniques, les caméras de meilleure qualité, tout cela a rendu les tournages plus faciles et moins onéreux…À l’époque je n’ai pas pu faire un documentaire tout simplement parce que je n’ai pas eu accès à des images ni faire des interviews des militaires, c’était impossible ! De plus, la fiction permet une sorte d’universalisation de l’histoire.

Vous pensez que le cinéma peut et a changé le monde ?
Depuis son origine, le cinéma a changé le monde oui. Grâce au cinéma, les gens ont pu voir d’autres cultures, d’autres modes de vie. Je pense qu’un film ne peut pas changer le monde mais le cinéma dans son ensemble, dans sa globalité, a changé le monde oui.

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