David Nathan Journaliste, rédacteur

7nov/09

Pierre Lapointe triomphe au Lion d’or de Montréal, seul au piano.

lapointe0001Un des avantages d’habiter sur l’île de Montréal, est certainement de profiter de l’abondance des nombreux festivals qui s’y tiennent. Je ne sais pas exactement combien il y en a au total, mais certainement assez pour que certains d’entre eux se chevauchent allégrement.

C’est le cas du festival Cinémania et du festival Coup de cœur francophone. Le premier présente des films francophones, le second des groupes…francophones et tous les deux se déroulent du 5 au 15 novembre.

La conséquence est qu’il faut parfois choisir entre un film francophone et un concert francophone. Pierre Lapointe a eu la bonne idée de commencer le premier concert, d’une série de quatre, à minuit. C’est donc après le film « Fais-moi plaisir ! » d’Emmanuel Mouret à Cinémania, que je me rends au Lion d’or, armé de mon appareil photo et de mon petit calepin presque Moleskine.

23h25 : Sur le trottoir, une longue file s’allonge depuis l’entrée du cabaret jusqu’à très loin au bout là-bas. Les fans de Pierre Lapointe sont comme ça, très ponctuels et disciplinés.

23h26 : Usant des privilèges inhérents à mon statut de journaliste, j’oublie de faire la queue et je me dirige vers la table de presse à laquelle je me présente. Enfin, à Stéphane plus exactement. En me tendant mon billet, il me confie que l’on ne peut pas encore entrer dans la salle car elle est en train de se vider de l’autre événement de la soirée, la projection mensuelle de courts-métrage Kino.

23h35 : J’apprends dans la même minute que d'une part les quatre spectacles de Monsieur Lapointe sont complets depuis trois jours et d'autre part que le Lion d’or peut contenir, à vue de nez, 250 âmes. Quatre soirs…250 fans qui font la file…Après de longs calculs très savants, j’en déduis…qu’il y a de fortes chances qu’une cinquième représentation s’ajoute à la liste.

23h45 : Je pose ma calculette et pénètre dans la salle qui a été préparée en mode « pas rock n’ roll ». Concrètement ? Il y a plein de jolies petites tables rondes recouvertes de jolies petites nappes rouges avec plein de jolies petites chaises tout autour. Après tout, c’est un concert acoustique au piano, pas Metallica au Centre Bell.

23h50 : Un regard devant moi confirme ma réflexion ci-dessus : un piano à queue noir trône majestueusement au milieu de la scène.

23h55 : Arrivée dans la salle de Laurent Saulnier, le programmateur des Francofolies de Montréal. Cet élément presque pas informatif n’apporte pas grand-chose à cet article, mais après tout, un peu de name dropping n’a jamais fait de mal.

00h00 : À l’instar de ce qui se passe dans le conte de Cendrillon, le Lion d’or semble être le théâtre d’une transformation mystérieuse. À la place du chanteur mutant que la salle attend en piétinant d'impatience intérieurement, c’est un monsieur beaucoup plus âgé qui s’avance sur le devant de la scène et qui commence à parler dans un micro qui ne fonctionne pas. Me serai-je finalement trompé de salle ? Existerait-il un troisième festival de quelque chose de francophone à Montréal du 5 au 15 novembre ??

00h02 : Le micro du monsieur est finalement ouvert et le monsieur en question se présente, c’est Alain Chartrand, directeur du festival Coup de cœur francophone. Respect. Il remercie les partenaires du festival, monsieur Sirius et madame La Presse.

00h06 : Pierre Lapointe entre sur scène côté court. Vêtu en noir de la tête aux pieds, c’est dans l’obscurité que l’artiste se dirige vers le piano qui n’en peut plus d’attendre.

Pendant 1h30, Pierre Lapointe nous a pris par la main et nous a emmené avec lui, le plus simplement du monde, dans son univers musical. Seul, derrière son piano sur lequel est posée une tête de mort qui s’allume, plus esthétique que morbide, il nous raconte une histoire à travers une kyrielle de petites histoires de vie, ses chansons.

Ce soir, l’expression souvent galvaudée de show intime a pris tout son sens. Passant d’une chanson poignante à une « toune pour faire rire » comme il l’a dit lui-même, d’un succès entendu mille fois à des « trucs sortis des boules à mites » qu’il a rejoué juste pour ce spectacle, Pierre Lapointe n’a joué aucun jeu si ce n’est celui de la sincérité.

Il nous a fait rire tout se moquant de lui-même et de son image de « Français frais chié élégant et drôle », il a raconté des anecdotes entre deux fous rires, il a oublié les paroles d’une chanson qu’il a recommencée quatre fois, il s’est énervé contre un spectateur qui a pouffé à un mauvais moment, il a eu les larmes au yeux, il a pris son pied au point d’en oublier l’heure…Pierre Lapointe a livré un spectacle à fleur de peau, sensible et imparfait, drôle et émouvant, humain quoi !

Plus d’infos :
www.pierrelapointe.com
www.coupdecoeur.qc.ca

Texte et photo: David Nathan (www.davidnathan.ca / www.twitter.com/davidnathan)

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